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La finale de la CAN 2025 a livrรฉ son verdict. Le Sรฉnรฉgal a รฉtรฉ sacrรฉ face au Maroc, pays organisateur, au terme dโun match intense, marquรฉ par la tension et la confusion.
Deux faits de jeu majeurs ont troublรฉ ce qui sโannonรงait comme une fรชte de lโexcellence sportive : un but refusรฉ au Sรฉnรฉgal et un penalty accordรฉ au Maroc dans le temps additionnel. La suite est connue : interruption du match, retrait des joueurs sรฉnรฉgalais au vestiaire, puis retour sur lโaire de jeu aprรจs de longues minutes de nรฉgociations, dans un climat de colรจre, de dรฉfiance et de dรฉsordre.
Au-delร du rappel des faits, je souhaite surtout mโattarder sur la rรฉaction des officiels de la CAF et de la FIFA. Tous, comme dans une symphonie dรฉjร รฉcrite, au refrain bien maรฎtrisรฉ, condamnent la sortie des joueurs sรฉnรฉgalais du terrain. Ils la jugent inacceptable et promettent des sanctions. La messe est dite avant mรชme le son des cloches appelant ร la priรจre. Comme toujours, le langage est formel, froid, connu, avec le mรชme rรฉflexe : se protรฉger, couvrir leur entourage, sans jamais interroger les causes profondes.
On condamne lโeffet, mais on ferme volontairement les yeux sur la cause. On sโindigne de lโattitude des joueurs et du staff sรฉnรฉgalais sans se demander le pourquoi de leur comportement.
Aucun doute ne semble รฉmis sur le dispositif arbitral. Aucune apprรฉciation sur lโatmosphรจre lourde de pression et de provocation, dโavant et pendant le match. On se contente dโexiger des joueurs quโils respectent les dรฉcisions arbitrales, sur et en dehors du terrain. Sans plus. Sans moins.
Qui peut honnรชtement ignorer les dรฉfaillances du dispositif sรฉcuritaire depuis lโarrivรฉe de lโรฉquipe sรฉnรฉgalaise ร Rabat ? Qui nโa pas constatรฉ lโattitude ostensiblement partiale de lโarbitre central, dont certaines dรฉcisions trahissaient un penchant manifeste pour lโรฉquipe hรดte ? Que dire du but refusรฉ au Sรฉnรฉgal, sur une dรฉcision ร la justesse plus que discutable ? Jusquโร lโimplication honteuse de joueurs et de stadiers dans lโaffaire de la serviette du gardien sรฉnรฉgalais. Et qui nโa pas vu la pression exercรฉe par Brahim Diaz pour contraindre lโarbitre ร consulter la VAR ?
Mais non, ces ficelles sont jugรฉes trop minces pour apparaรฎtre sur le tissu รฉpais de lโinjustice qui a recouvert cette finale.
Chers officiels, le Sรฉnรฉgal nโest pas un intermittent du football. Il connaรฎt la CAN. Il connaรฎt aussi la Coupe du monde. Quatre qualifications, dont trois consรฉcutives ร la CDM (2002, 2018, 2022, 2026). Quatre finales de CAN, dont trois lors des quatre derniรจres รฉditions (2002, 2019, 2021, 2025). Deux titres continentaux. Des joueurs titulaires รฉvoluant dans les championnats les plus relevรฉs. Pour ne relever que ces indicateurs.
Nous avons connu lโenvahissement de terrain ร Surulere, au Nigeria. Nous avons ยซ survรฉcu ยป au stade des Martyrs, en Rรฉpublique dรฉmocratique du Congo, face ร un public particuliรจrement hostile. Et ironie des choix de la CAF : cโest un ressortissant de ce pays qui officie lors de notre finale face au Maroc.
Pourtant, jamais auparavant, malgrรฉ des dรฉcisions arbitrales contestables et des contextes ouvertement hostiles, nous nโavions manifestรฉ la moindre irrรฉvรฉrence. Nous avons toujours fait preuve de retenue et de correction.
Mais aux yeux de ces officiels, il faudrait toujours se taire, courber lโรฉchine. ร tel point quโils finissent par confondre silence et correction avec gรฉnuflexion et soumission docile.
Si lโon peut regretter la tournure des รฉvรฉnements lors de cette finale, la CAF, quant ร elle, ne saurait se soustraire ร une introspection profonde sur les manquements structurels et รฉthiques qui minent la crรฉdibilitรฉ du football africain.
En lโespรจce, lorsque lโarbitrage perd en crรฉdibilitรฉ, cโest toute la justice sportive qui est compromise. Des rรชves sont brisรฉs, les frustrations sโaccumulent. On voudrait rรฉduire le football ร de simples faits de jeu, en ignorant volontairement lโenvironnement dans lequel il se dรฉroule et son impact social, politique et diplomatique.
Des arbitres, juges du jeu, ne devraient plus se permettre, surtout en Afrique, de sceller avec une telle lรฉgรจretรฉ le rรชve des nations.
Aux officiels sรฉnรฉgalais dรฉsormais de sortir du registre de la simple indignation pour investir celui de la posture souveraine et stratรฉgique.
Il leur revient de faire preuve de proactivitรฉ, de courage et de dรฉtermination, en documentant rigoureusement les faits, en prรฉvision dโun procรจs dont le verdict semble prononcรฉ avant mรชme lโaudience.
Dans un systรจme oรน lโarbitrage et la gouvernance peinent encore ร convaincre, seule une posture courageuse, lucide, structurรฉe et dรฉterminรฉe permet de transformer lโinjustice subie en levier de rรฉforme.
Cet article ๐๐จ๐ง, ๐ฅ๐ ๐๐ฬ๐ง๐ฬ๐ ๐๐ฅ ๐งโ๐๐ฌ๐ญ ๐ฉ๐๐ฌ ๐ฎ๐ง ๐ข๐ง๐ญ๐๐ซ๐ฆ๐ข๐ญ๐ญ๐๐ง๐ญ ๐๐ฎ ๐๐จ๐จ๐ญ๐๐๐ฅ (Par Habib Lรฉon NDIAYE ) est apparu en premier sur KEWOULO.
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