Ibrahima Diop, Aziz Wade et Abdoulaye Diagne ont recouvré la liberté après trois mois de détention à la prison d’Al Arjat, à Rabat (Maroc). Ils sont rentrés au Sénégal, laissant derrière eux les quinze autres supporters des Lions condamnés à des peines plus lourdes pour avoir pris part aux incidents de la finale de la CAN 2025. Pour L’Observateur, ils reviennent sur leur mésaventure. Si Diop semble vouloir tirer un trait sur les événements qui ont fortement éprouvé les relations entre le Maroc et le Sénégal, Wade et Diagne, eux, digèrent mal.

Abdoulaye Diagne
«J’ai été interpellé après lbou [Ibrahima Diop]. J’étais dans les tribunes lorsque son arrestation s’est produite, et j’en ai été témoin direct. Ils l’ont saisi brutalement, soulevé du sol ; ses pieds ne touchaient même plus terre. C’est à ce moment que j’ai décidé de descendre. Comme nous étions en permanence encadrés, dans le cadre du dispositif sécuritaire, par des policiers sénégalais et marocains, je me suis approché pour tenter de dialoguer. Mais très vite, un problème de communication s’est imposé. Les policiers marocains ne comprenaient essentiellement que l’arabe, rares étant ceux qui maîtrisaient le français. De notre côté, parmi les supporters sénégalais, certains ne s’exprimaient qu’en wolof. Je suis convaincu que l’essentiel des incidents survenus au stade trouve son origine dans cette incompréhension linguistique. Les forces de l’ordre marocaines ont cru que nous tentions d’envahir la pelouse pour contester le penalty, alors que ce n’était pas le cas. Par ailleurs, il faut préciser que les sièges installés dans notre tribune étaient fixes. L’élément déclencheur du chaos est venu d’un stadier, assis sur une chaise amovible, qui s’en est servi pour agresser l’un de nos supporters. Ce geste a provoqué les échauffourées : le supporter a riposté. On ne peut pas agresser quelqu’un et lui interdire de se défendre.»
Aziz Wade
«Nous savons tous qu’un match de football peut dégénérer, qu’il peut y avoir des arrestations, mais ça reste des arrestations sommaires dans le cadre purement sportif. Mais ce que nous avons vécu au Maroc est très dur. Très éprouvant. Ce qui a été le plus éprouvant, c’est le moment où l’on nous a annoncé que nous étions en état d’arrestation. À cet instant précis, nos pensées se sont immédiatement tournées vers nos familles. Nous savions qu’avec le sacre du Sénégal en finale, elles chercheraient à nous joindre, sans pouvoir y parvenir. C’était une situation extrêmement difficile. Au moment où l’on nous conduisait, Ibou (Ibrahima Diop), lui, avait déjà l’intuition que les autorités marocaines n’allaient pas nous libérer. Il était convaincu que nous allions être déférés au parquet. Certains responsables de supporters présents tentaient de nous rassurer en affirmant qu’ils viendraient nous chercher, mais lui restait persuadé que nous allions être retenus au Maroc.»
Ibrahima Diop
«Il est vrai que nous avons traversé des moments d’une extrême difficulté, au point, parfois, de vaciller intérieurement. Nous sommes des êtres humains. Pour ma part, j’ai énormément pensé à ma famille restée au Sénégal, mais aussi au tidjanisme qui unit spirituellement le Sénégal et le Maroc. J’en ai pleuré. Je me disais : ‘je suis tidjane, disciple de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif; ce qui nous arrive ne risque-t-il pas d’ébranler ces longues années de communion religieuse entre nos deux pays ?’ Puis je me suis ressaisi. Je me suis dit que, malgré l’épreuve, je devais tenir, rester digne, et surtout rassurer ma famille : leur faire savoir que nous résistions, que nous n’étions pas maltraités. Même si, il faut le dire, la seule privation de liberté est en soi une épreuve extrêmement éprouvante.»
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