​À Joal-Fadiouth, l’hôpital capitule face au mystique : Enquête sur le business des guérisseurs. 

  

Dans les ruelles sablonneuses de la cité natale de Léopold Sédar Senghor, la modernité médicale côtoie quotidiennement un savoir ancestral immuable. À Joal, le recours aux tradipraticiens reste le premier réflexe de santé pour une large majorité de la population, Serigne Ibou Diokh, un tradipraticien local spécialisé dans la gestion des forces occultes met en lumière les rouages de ce système

Devant les caméras, Serigne Ibou Diokh détaille les modes opératoires par lesquels les esprits maléfiques (djinnes) s’attaquent à la santé mentale des individus. Dans cette région de la Petite-Côte, la maladie mentale est rarement appréhendée comme un dérèglement neurologique. Elle est perçue comme une agression spirituelle capitalisant sur la vulnérabilité de la victime. [1]

Pour y faire face, le tradipraticien déploie une thérapeutique empirique :

  • L’arsenal ésotérique : Utilisation de prières, d’incantations et de bains rituels visant à chasser l’entité.
  • La pharmacopée : Administration de décoctions de plantes locales pour stabiliser l’état physique du patient.
  • Le suivi communautaire : Une prise en charge de proximité, intégrée au tissu familial, contrastant avec l’isolement asilaire de la médecine moderne.

L’influence de ces praticiens dépasse largement le cadre thérapeutique pour s’immiscer dans les rouages de l’ascension sociale et politique du pays. Les consultations de Serigne Ibou agissent comme un baromètre des angoisses et des ambitions de la société sénégalaise.

L’enquête révèle ainsi une clientèle hétéroclite . Les jeunes diplômés s’y bousculent en période de examens ou de concours de recrutement de la police et de la gendarmerie, en quête de protections mystiques pour garantir leur succès professionnels . Plus haut dans la pyramide sociale, le tradipraticien affirme recevoir des figures politiques de premier plan, des candidats aux postes de députés jusqu’aux prétendants à l’élection présidentielle, venus chercher les clés de la réussite électorale

Cette hégémonie de la médecine traditionnelle pose un problème de sécurité sanitaire publique majeur dans le département de Mbour. Le corps médical alerte régulièrement sur les retards de prise en charge pour des pathologies lourdes (psychoses sévères, tumeurs ou infections cérébrales), souvent traitées tardivement en raison d’un diagnostic initial erroné de possession.

L’enjeu pour le district sanitaire n’est plus d’interdire, mais de réguler. Les autorités tentent d’établir des protocoles de collaboration pour former les tradipraticiens à identifier les urgences cliniques absolues, afin de créer une passerelle d’orientation vers les hôpitaux publics avant que le pronostic vital des patients ne soit engagé.

Cet article À Joal-Fadiouth, l’hôpital capitule face au mystique : Enquête sur le business des guérisseurs. est apparu en premier sur KEWOULO.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *