​Énergie au Sénégal : Pourquoi la vraie souveraineté se construira avec des ingénieurs, pas avec des slogans. (Contribution Kémo Cissé) 

  

Au Sénégal, l’électricité dépasse largement le cadre des infrastructures techniques : elle est le baromètre de la dignité populaire et le moteur de l’engagement citoyen. À Dakar, les souvenirs des émeutes de 2011 rappellent que l’obscurité a souvent été l’étincelle des grandes révolutions politiques. En ce mois de septembre 2026, face à la recrudescence de coupures d’électricité éprouvantes, la capitale sénégalaise renoue avec ses vieux démons.
Ce retour de l’instabilité énergétique réactive une culture de la contestation et de la veille citoyenne. Il suffit de faire le tour des réseaux sociaux pour s’en rendre compte. Cependant, à l’intersection des crises géopolitiques mondiales et des promesses de rupture, la gestion du réseau électrique est devenue le terrain d’un face-à-face crucial entre la population et les autorités. Dans ce paysage fracturé, la crise actuelle disqualifie la rhétorique populiste des tenants actuels et anciens du pouvoir, qui sont comptables direct du bilan de leur passage aux affaires, tout en mettant en lumière l’amateurisme des réponses de l’exécutif actuel. Face à ces impasses, un impératif s’impose : substituer les slogans politiques par la rigueur scientifique, en s’appuyant sur les solutions de rupture théorisées par l’Agenda de Redressement National (ARN). Car, au-delà de la technique, cette crise rappelle une vérité fondamentale que nous a enseignée le Président Mamadou Lamine Diallo, « la vraie souveraineté d’un pays réside avant tout dans le développement d’une capacité scientifique, technique et technologique » endogène.
Rappellons nous des années 2010 sous le regime finissant du Président Abdoulaye Wade, où les pannes chroniques de la Senelec avaient déclenché des émeutes populaires violentes.
Après une décennie de relative accalmie (grâce au plan Takkal de Karim Wade ), la capitale replonge en septembre 2026 dans des coupures récurrentes. La direction de la Senelec évoque une canicule exceptionnelle provoquant une demande record qui dépasse les prévisions de plus de 180 MW, couplée à des contraintes techniques fortuites sur des centrales stratégiques, forçant l’application de délestages tournants (sic).
Ce n’est un mystère pour personne, ces coupures surviennent dans un climat mondial instable. Le Sénégal subit de plein fouet le conflit au Moyen-Orient, qui maintient une forte volatilité sur les cours internationaux du carburant. Le cœur de la frustration dakaroise réside dans un paradoxe saisissant : le Sénégal est officiellement devenu un producteur d’hydrocarbures (pétrole de Sangomar, projets gaziers de GTA). L’ambitieuse stratégie nationale repose sur le principe du Gas-to-Power : convertir les centrales thermiques pour brûler le gaz local, propre et bon marché. Pourtant, en septembre 2026, l’infrastructure montre ses limites et le sous-sol du pays regorge de gaz, mais les salons dakarois restent plongés dans l’obscurité. Mais pourquoi ?
En plus ce n’est pas tout, ces coupures ont d’autres ramifications:
1–> Le tissu économique informel (artisans, tailleurs, boutiquiers) : En banlieue dense, l’absence de courant signifie une perte de revenus immédiate.
2–>Les consommateurs connectés (Le Woyofal) : Les usagers acceptent mal de prépayer leur crédit à l’avance pour un service intermittent.
3–> La société civile et les collectifs citoyens à l’image du FRAPP ou de NioLank : Ils structurent la colère en exigeant des comptes, transformant un incident technique en tribune pour la transparence publique.
Il faut le dire, après 30 mois au palais de la République, cette crise agit comme un violent rappel du principe de réalité au Président Bassirou Diomaye Faye. Face à l’urgence, les réponses apportées par son régime révèlent de profondes faiblesses structurelles et conceptuelles :
L’annonce de l’engagement de 11 milliards de francs CFA pour parer au plus pressé s’apparente à un pansement sur une jambe de bois. Cette approche de pompier gère les symptômes immédiats sans résoudre le déficit chronique de production ni la vétusté des lignes.
Le piège de la co-responsabilité : Les leaders du Pastef et de Kiray, de Birame Souleye à Abdourahmane Diouf ne peuvent plus se positionner en simples donneurs de leçons. Ayant piloté l’appareil d’État énergétique au début de ce mandat, les retards de planification de la pointe de consommation 2026 et les arbitrages industriels flous du Gas-to-Power incombent à leur propre gestion. Et voilà que le discours de rupture se heurte à la réalité factuelle des délestages.
 L’incohérence de la politique des subventions : Le régime navigue à vue. Le Projet de loi de finances rectificative (PLFR 2026) révèle que sous la pression du FMI, l’État a prévu d’amorcer la suppression progressive de la subvention globale généralisée, qui atteint un niveau record de 790,3 milliards de FCFA. Pour ramener cette enveloppe sous la barre de 1 % du PIB d’ici 2029 (moins de 300 milliards), le gouvernement s’engage dans une trajectoire de vérité des prix qui va transférer la charge sur les classes moyennes. Cette mesure asphyxie financièrement la Senelec au pire moment, alors qu’elle doit s’approvisionner en combustibles à prix d’or pendant les pointes de canicule.
Face à ces tâtonnements, le salut énergétique du Sénégal ne viendra pas d’un changement d’hommes, mais d’un changement radical de doctrine. L’Agenda de Redressement National (ARN) pose un diagnostic implacable : la dépendance et la faillite technique actuelle découlent d’un manque de vision scientifique. L’ARN oppose une série de solutions d’ingénierie, de transition bioclimatique et de planification rationnelle aux approximations politiques actuelles.
👉🏾 1–> Le « vrai » Gas-to-Power intégré et souverain
Là où le régime actuel fait preuve de passivité, l’ARN impose un audit strict des contrats de partage de production pour prioriser sans concession la souveraineté nationale. On se rappelle d’ailleurs les soupirs du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo lors de sa DPG devant l’Assemblée nationale, qui appelait presque à l’aide pour faire face aux multinationales de l’exploitation gazière (comme BP ou Kosmos dans le dossier de GTA) afin d’exiger l’accès au gaz liquéfié au prix de sortie d’usine. L’alternative technique de l’ARN refuse cette posture de victimisation et impose le déploiement immédiat d’un pipeline national d’acheminement direct et hautement sécurisé reliant les sites de production locaux aux centrales de la Senelec. L’objectif mathématique est l’éradication totale et définitive du fioul lourd importé.
👉🏾 2–>La révolution des Réseaux Intelligents (Smart Grids)
Injecter de l’argent dans des générateurs d’urgence est inutile si le réseau de distribution est incapable d’absorber la charge. L’ARN préconise un plan industriel de numérisation via les smart grids. En intégrant des capteurs connectés, des algorithmes d’intelligence artificielle et des compteurs bidirectionnels avancés sur l’ensemble du tissu urbain dakarois, le réseau devient capable de s’auto-équilibrer :
✅ Ajustement en temps réel : Rediriger instantanément l’énergie disponible des zones de bureaux (le soir) vers les zones résidentielles surchauffées.
✅ Gestion prédictive de la charge : Anticiper les pics de consommation liés à la canicule pour lisser la demande et protéger les transformateurs vétustes des explosions et des pannes en cascade.
✅ Intégration décentralisée : Permettre l’injection fluide des énergies renouvelables intermittentes (solaire) sans déstabiliser la fréquence globale du réseau.
👉🏾3)  Les Bâtiments à Énergie Positive (BEPOS) et l’architecture bioclimatique :
L’explosion de la demande électrique à Dakar est artificiellement gonflée par la prolifération de bâtiments modernes inadaptés au climat tropical, transformés en véritables « serres thermiques » hautement dépendantes de la climatisation. L’alternative technique de l’ARN impose une mise à niveau radicale des normes d’urbanisme et construction :
👉🏾 Isolation thermique performante : Généraliser l’usage de matériaux locaux à forte inertie thermique (briques de terre crue, béton de chanvre local, double vitrage filtrant) pour bloquer la chaleur extérieure et réduire drastiquement le besoin en refroidissement artificiel.
👉🏾 Le solaire intégré au bâti (BIPV) : Transformer chaque toiture et chaque façade dakaroise en mini-centrale de production en y intégrant des panneaux solaires photovoltaïques dès la construction.
👉🏾 Bâtiments à Énergie Positive : Concevoir des infrastructures publiques et résidentielles qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment, capables de réinjecter leur excédent d’électricité dans le smart grid national pour soutenir le tissu industriel et le secteur informel.
👉🏾 4) La gouvernance par le « Responsabilisme » technique
L’ARN postule la dépolitisation intégrale de la Senelec. La gestion d’un réseau électrique de 1 400 MW ne peut être confiée à des logiques de clientèle politique. Jusqu’à ce que le DG Toby se prépare au lancement de son mouvement politique au moment les coupures sont récurrentes. Le programme de l’ARN prévoit le remplacement des directions managériales par un directoire de technocrates, d’économistes de l’énergie et d’ingénieurs système de haut niveau, recrutés sur des critères de compétence pure, assurant une modélisation prédictive rigoureuse de l’offre et de la demande.
En définitive, la crise énergétique de septembre 2026 rappelle que le contrat social sénégalais ne peut plus se nourrir de slogans idéologiques ou de mesures d’urgence éphémères. Plus qu’une simple panne d’infrastructure, le retour des coupures récurrentes fonctionne comme un puissant catalyseur d’engagement citoyen. Les Sénégalais, matures et exigeants, mesurent désormais les discours à l’aune des résultats concrets, renvoyant l’exécutif à ses responsabilités.
Ce sursaut citoyen crée un nouveau paradigme : le temps des tribuns s’essouffle au profit du temps des techniciens. En opposant la rigueur scientifique de l’Agenda de Redressement National (ARN) à l’amateurisme du pouvoir, notre doctrine démontre que la véritable souveraineté du Sénégal ne se proclame pas sur les tréteaux politiques, mais se planifie. La maîtrise de l’électricité, par le biais des technologies numériques, d’un urbanisme durable et de négociations fermes et scientifiques face aux multinationales, est le premier jalon de cette émancipation : elle prouve que la liberté d’un peuple moderne se mesure à sa capacité à concevoir, bâtir et piloter ses propres technologies pour rallumer définitivement les lumières de sa capitale.
Je dis ça je dis rien!!!

 

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