La machine est lancée. L’État du Sénégal a tenu une première réunion avec ses créanciers extérieurs pour parler des modalités de traitement de sa dette publique. Mais à quel niveau se situe vraiment la dette publique sénégalaise ?27 132 milliards et 18 394 milliards, les chiffres clés L’encours de la dette publique sénégalaise, c’est-à-dire le total, culminait à 27 132 milliards de FCFA à la fin de l’année 2025 (État central et entreprises publiques), selon les chiffres divulgués hier, mardi 6 octobre, par le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan. Il représente 105,3 % du PIB.
Pour son plan de traitement, l’État du Sénégal a déclaré que seule sa dette extérieure est concernée. Celle-ci est arrêtée à 18 394 milliards de FCFA à fin 2025, soit 71,4 % du PIB.
Cette dette extérieure est détenue par les banques multilatérales de développement (BMD) à hauteur de 8 585 milliards de FCFA. Les créanciers bilatéraux, eux, détiennent 4 369 milliards de FCFA de la dette sénégalaise. Un total composé de 2 861 milliards de FCFA de prêts bilatéraux et de 1 508 milliards de crédits à l’exportation.
Quant aux créanciers commerciaux, l’État du Sénégal leur doit 5 440 milliards de FCFA. Il s’agit de 2 929 milliards de FCFA dus aux détenteurs des euro-obligations, de 1 511 milliards de FCFA contractés dans le cadre des « autres dettes commerciales » et de 1 000 milliards de FCFA au titre des Total Return Swaps (TRS).
Une dette locale de 8 738 milliards de FCFA
Pour ce qui est de la dette intérieure sénégalaise, elle s’est établie à 8 738 milliards de FCFA à fin décembre 2025. Il s’agit essentiellement des DTS du FMI, à hauteur de 245 milliards de FCFA, des bons et obligations du Trésor, à hauteur de 6 086 milliards, et des dettes bancaires, pour 2 407 milliards de FCFA.
Ces données ont été divulguées aux créanciers dans le cadre de la première réunion de contact avec l’État du Sénégal, sous l’égide du Fonds monétaire international. Mais il s’agit de chiffres « préliminaires et susceptibles de rapprochement », précisent les autorités sénégalaises.
Ce que disent les données de fin décembre 2024
Mais les chiffres de fin 2024 sont ceux qui ont été les plus détaillés. En effet, en juillet dernier, l’État du Sénégal avait dévoilé le bulletin statistique de la dette, résultant des travaux de réconciliation des données menés avec les créanciers et partenaires financiers, avec l’appui du cabinet Forvis Mazars.
Ledit bulletin dévoilait une dette du secteur public de 25 583 milliards de FCFA au 31 décembre 2024, soit 1 549 milliards de FCFA de moins qu’en 2025. La dette de l’administration centrale était de 23 667 milliards de FCFA et celle du secteur parapublic de 1 917 milliards.
Dans ce stock, la dette domestique de l’administration centrale s’est établie à 6 773 milliards de FCFA et la dette extérieure à 16 894 milliards de FCFA.
La Banque mondiale et le FMI en tête des multilatéraux
L’État a affaire à quatre catégories de créanciers. Les bailleurs « multilatéraux » constituent la première catégorie. Ils concentrent 40 % de la dette extérieure sénégalaise, soit 6 749 milliards de FCFA à fin 2024, selon le Bulletin statistique de la dette publique (2019-2024).
Parmi eux, la Banque mondiale est le plus gros créancier. Le Sénégal lui devait, à fin décembre 2024, la somme de 2 803 milliards de FCFA. Viennent ensuite le FMI, à qui le pays doit 905 milliards de FCFA, la Banque islamique de développement (BID), avec 896 milliards, et la Banque africaine de développement (BAD), avec 730 milliards.
Le reste, soit un stock de 1 414 milliards de FCFA, est dû au Fonds africain de développement (FAD), à la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), à la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), à la Banque européenne d’investissement (BEI), etc.
3 133 milliards dus aux détenteurs d’euro-obligations
L’autre gros stock de la dette extérieure sénégalaise, s’élevant à 5 672 milliards de FCFA, est détenu par des bailleurs « commerciaux ». Il s’agit de 34 % de l’encours global durant la période. Ce montant est constitué de 3 133 milliards de FCFA de dettes contractées à travers les Eurobonds.
Ensuite, 579 milliards de FCFA sont dus à Standard Chartered, 400 milliards à Société Générale Côte d’Ivoire et 358 milliards à Cargill. Le reste, soit 1 200 milliards de FCFA, est dû à Afreximbank, Crédit Agricole CIB, MUFG, Natixis, Deutsche Bank, Barclays, Rand Merchant Bank et AFC.
La Chine et la France en tête des créanciers bilatéraux
Les « bilatéraux » constituent la troisième catégorie de bailleurs auxquels l’État du Sénégal doit de l’argent. L’ardoise culminait à 2 934 milliards de FCFA à fin 2024. Ici, c’est la Chine, avec l’Eximbank of China, qui est le plus gros créancier de l’État du Sénégal, avec 1 380 milliards de FCFA, soit 47 %.
Elle est suivie par la France, avec l’Agence française de développement (AFD), qui détenait 808 milliards de FCFA de dette sénégalaise sur la période. Le Japon, à travers la JICA, détient 157 milliards de FCFA de créances sénégalaises (5,4 %), l’Inde 140 milliards de FCFA (4,8 %), le Koweït 124 milliards (4,2 %), etc.
La dernière catégorie de créanciers est constituée des établissements qui ont accordé des crédits à l’exportation au pays. Une vingtaine d’établissements détiennent une dette de 1 539 milliards de FCFA de l’État du Sénégal. En tête, la branche mondiale de la Société Générale chargée des financements et investissements, SG CIB.