Deux établissements bancaires, une série de virements suspects et des milliards de francs CFA qui auraient circulé à travers plusieurs comptes. La Bank of Africa (BOA) et Bridge Bank ont déposé, le mercredi 30 septembre, chacune une plainte contre X auprès de la Section de recherches de Dakar. Au cœur de cette affaire aux ramifications multiples : des soupçons de faux et usage de faux, d’escroquerie, de complicité et d’association de malfaiteurs. Selon le quotidien Libération, le montant total des opérations incriminées dépasse les 3,7 milliards de francs CFA.
L’affaire prend une tournure particulièrement préoccupante. Deux établissements financiers dénoncent, séparément, des opérations qu’ils estiment frauduleuses. Et les premières investigations auraient déjà conduit à l’interpellation de plusieurs personnes, dont certaines sont désormais placées sous mandat de dépôt.
BOA : trois virements suspects, des signatures falsifiées
À la Bank of Africa, les faits remontent à la deuxième moitié du mois de septembre. Selon Libération, la banque a reçu deux ordres de virement émanant d’« Abco Bourse », les 15 et 25 septembre, pour des montants respectifs de 200 millions et 450 millions de francs CFA. Les fonds étaient destinés à « International Dia Business Services ».
Dans la foulée de ces opérations, un retrait de 559 millions de francs CFA aurait été effectué. Mais un troisième ordre de virement, portant sur 650 millions de francs CFA, va pousser la banque à examiner de plus près les mouvements enregistrés sur le compte d’Abco Bourse.
Les vérifications internes auraient alors révélé de graves irrégularités. D’après les informations rapportées par Libération, les trois ordres de virement étaient présumés frauduleux : le spécimen de signature autorisée aurait été falsifié et le domaine de l’adresse électronique utilisée pour transmettre le message de confirmation du paiement ne correspondait pas à celui attendu.
Face à ces anomalies, la BOA décide de saisir la Section de recherches de Dakar. Le 30 septembre, elle dépose une plainte contre X pour faire la lumière sur ces opérations et identifier les éventuels auteurs et complices.
Bridge Bank : près de 2 milliards FCFA de virements litigieux
Le même jour, Bridge Bank Group Côte d’Ivoire, à travers sa filiale sénégalaise, saisit à son tour la Section de recherches pour des faits de même nature.
Selon Libération, plusieurs virements auraient été effectués entre le 10 août et le 27 septembre vers des comptes ouverts dans les livres de différentes banques de Dakar. Le montant total de ces opérations est évalué à 1 milliard 924 millions 650 mille francs CFA.
La réaction de l’établissement bancaire ne s’est pas limitée au dépôt d’une plainte. La banque aurait également alerté les établissements sénégalais concernés afin de faire bloquer les opérations litigieuses et d’éviter, dans la mesure du possible, la dispersion des fonds.
Deux plaintes déposées le même jour, des opérations suspectes impliquant plusieurs comptes bancaires et des montants considérables : les enquêteurs sont désormais chargés de déterminer s’il existe un lien entre les différentes transactions et d’établir les responsabilités individuelles.
Des suspects interpellés aux Parcelles Assainies et aux Maristes
Dans le cadre des investigations, les gendarmes ont procédé à plusieurs arrestations. Selon le récit de Libération, Ismaïla D., gérant de l’une des entreprises bénéficiaires des virements incriminés, et Serigne Sidy Ahmed M. ont été interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à effectuer des retraits dans les agences de la BOA et de Coris Bank situées aux Parcelles Assainies.
Les investigations se poursuivent ensuite du côté des Maristes. À l’agence Coris Bank, les enquêteurs mettent la main sur Tidiane D., qui détenait un chèque de 5 millions de francs CFA émis par les « Ets Gouy Mbind traiteur », une entreprise présentée comme bénéficiaire de virements présumés frauduleux.
La propriétaire de cette structure de restauration, Awa D., est également interpellée. Une autre suspecte, identifiée comme Mousli Coumba D., est elle aussi arrêtée dans le cadre de cette procédure.
Reste à déterminer le rôle exact de chacun dans cette affaire : bénéficiaires des virements, personnes chargées de retirer les fonds ou éventuels intermédiaires. À ce stade, les interpellations ne suffisent pas, à elles seules, à établir la culpabilité des personnes mises en cause.
Trois mandats de dépôt, les investigations se poursuivent
L’affaire a franchi une nouvelle étape judiciaire avec l’ouverture d’une information judiciaire confiée au juge du quatrième cabinet.
D’après Libération, Ismaïla D., Serigne Sidy Ahmed Mbacké. et Awa D. ont été placés sous mandat de dépôt. Les autres suspects concernés par la procédure ont, quant à eux, été placés sous contrôle judiciaire.
Désormais entre les mains de la justice, ce dossier soulève plusieurs questions majeures : comment de tels ordres de virement ont-ils pu être exécutés ? Qui a fabriqué ou transmis les documents litigieux ? Où sont passés les fonds et les éventuels produits des retraits ? Et surtout, les opérations dénoncées par les deux banques relèvent-elles d’un même mécanisme frauduleux ou de réseaux distincts? Autant de questions auxquelles l’enquête devra répondre. Avec plus de 3,7 milliards de francs CFA d’opérations présumées frauduleuses annoncées par les deux établissements, cette affaire pourrait révéler un mécanisme de fraude bancaire d’une ampleur considérable. La présomption d’innocence demeure applicable à toutes les personnes mises en cause jusqu’à une éventuelle condamnation définitive.