Le 23 octobre 2026 marque le quarantième anniversaire de la disparition de Me Fadilou Diop (14 mai 1919 – 23 octobre 1986), avocat, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal et acteur engagé des combats politiques de son époque. Son parcours témoigne d’une vie consacrée à la défense du droit, des libertés démocratiques et de la dignité humaine, au Sénégal comme au-delà des frontières africaines.

Né à Saint-Louis, fils du Cadi Makhtar Sop Diop et de Fatou Guèye Malikoura, il reçoit une formation coranique puis française. Boursier de Lamine Guèye, il appartient à cette génération de cadres qui ont contribué à façonner le Sénégal indépendant. Après avoir prêté serment à Paris en 1950, il rejoint le barreau de Dakar.

Engagé dans les combats pour l’indépendance, il participe en 1958 à la mobilisation en faveur de l’indépendance immédiate et à la fondation du PRA-Sénégal. Élu député de 1966 à 1968, il se distingue surtout par son engagement d’avocat auprès de responsables politiques confrontés à la répression, parmi lesquels Mamadou Dia, Abdoulaye Ly et Majhemout Diop. Il mène également le combat contre les juridictions d’exception, au nom des droits de la défense et du procès équitable.
Élu bâtonnier en 1979-1980 puis en 1984-1986, il contribue à l’évolution du Barreau sénégalais, à la formation des jeunes avocats et à l’amélioration du statut des stagiaires. En 1982, aux côtés de Me Babacar Niang, il défend 34 candidats dont l’admission à la profession est contestée, une affaire marquante pour l’accès au Barreau.

Son engagement dépasse les frontières nationales. Après avoir défendu Sékou Touré et des militants du FLN algérien, il se rend au Cameroun en 1970 pour assurer la défense d’Ernest Ouandié, figure de la lutte anticoloniale. Expulsé sans avoir pu rencontrer son client, il tente néanmoins d’intervenir en sa faveur. Ouandié sera exécuté le 15 janvier 1971. Me Fadilou Diop s’intéresse également à la lutte de libération palestinienne, à laquelle il consacre une conférence à Nouakchott en 1969. En 1985, il représente les barreaux africains à Bordeaux lors de la remise du premier prix Ludovic-Trarieux à Nelson Mandela.
Homme de foi, profondément attaché à l’islam, il fonde en 1984, avec Ciré Ly et Daouda Diouf, le Centre de recherche sur l’islam et le développement (CERID). Sa vie est également marquée par l’importance accordée à la famille, à l’amitié et à l’ouverture au monde. Son engagement dans la vie sportive, notamment à travers la présidence du Barack de Saint-Louis, témoigne de son ancrage dans sa communauté.
Publié en 2021 aux éditions Vives Voix, l’ouvrage Fadilou Diop, un juste, d’Elgas, contribue à faire connaître son parcours et à transmettre son héritage.
Quarante ans après sa disparition, Me Fadilou Diop demeure une figure marquante de l’histoire judiciaire et politique du Sénégal. Son itinéraire rappelle le rôle essentiel du droit dans la défense des libertés et la nécessité de transmettre aux nouvelles générations la mémoire de celles et ceux qui ont contribué à les faire vivre.