La présente étude examine l’évolution de la stratégie saoudienne au Yémen depuis le lancement de l’opération « Tempête décisive » (ʿĀṣifat al-Ḥazm) en mars 2015 jusqu’aux transformations qu’a connues le conflit au cours de l’année 2026.
Elle part d’une hypothèse centrale selon laquelle le dilemme saoudien au Yémen ne peut être expliqué exclusivement à travers la logique de la victoire ou de la défaite militaire. Il convient plutôt de l’analyser comme une crise de l’articulation entre les objectifs politiques, les instruments de la puissance militaire, les alliances locales et régionales, les impératifs de sécurité nationale et la capacité à convertir l’influence militaire en un ordre politique stable.
L’étude soutient que la politique saoudienne a traversé plusieurs phases successives : d’une tentative de décision militaire et de rétablissement du gouvernement internationalement reconnu à la gestion d’une guerre prolongée, puis à l’endiguement, à la désescalade et aux négociations directes et indirectes. Cette évolution a finalement conduit à un nouveau dilemme : conjuguer la dissuasion militaire avec la recherche d’un règlement politique, dans un contexte marqué par la persistance des divisions yéménites et la transformation de la mer Rouge en un espace stratégique régional et international.
Mots-clés : Arabie saoudite ; Yémen ; Ansar Allah ; Houthis ; Tempête décisive ; Iran ; Émirats arabes unis ; mer Rouge ; dissuasion ; règlement politique.
I. Problématique centrale de l’étude
Lorsque le Royaume d’Arabie saoudite est intervenu militairement au Yémen en 2015, l’un des principaux objectifs officiellement annoncés était de soutenir le gouvernement yéménite internationalement reconnu face à la prise de contrôle de Sanaa par Ansar Allah et à son avancée militaire.
Cependant, la prolongation du conflit a montré que la possession d’une supériorité militaire conventionnelle ne conduit pas nécessairement à la capacité de produire un règlement politique stable.
La problématique centrale de cette étude peut dès lors être formulée comme suit :
Comment la stratégie saoudienne au Yémen est-elle passée d’une tentative de réalisation d’objectifs politiques par la supériorité militaire à un dilemme stratégique nécessitant de trouver un équilibre entre la dissuasion, le retrait ou la réduction de l’engagement, la préservation de la sécurité frontalière, la recomposition des alliances yéménites et la recherche d’un règlement politique durable ?
Cette problématique soulève plusieurs questions :
1. Quels étaient les objectifs initiaux de l’intervention saoudienne au Yémen en 2015 ?
2. Pourquoi la supériorité militaire de la coalition n’a-t-elle pas débouché sur une décision politique définitive ?
3. Comment le développement des capacités militaires d’Ansar Allah a-t-il modifié la conception saoudienne de la sécurité nationale ?
4. Quel a été l’impact des divergences d’intérêts entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sur la cohésion du camp opposé à Ansar Allah ?
5. Comment le rapprochement saoudo-iranien et le processus de négociations saoudo-houthies ont-ils contribué à redéfinir les objectifs de Riyad ?
6. Quelle place occupent la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb dans la réinternationalisation de la question yéménite ?
7. L’Arabie saoudite peut-elle passer d’une stratégie de gestion du conflit à une stratégie de gestion du règlement politique ?
II. Hypothèses de l’étude
Cette étude repose sur quatre hypothèses interdépendantes.
Première hypothèse
Le problème fondamental ne réside pas dans une insuffisance de la puissance militaire saoudienne, mais dans les limites de la capacité de la puissance militaire conventionnelle à produire un ordre politique stable au sein d’un État caractérisé par la multiplicité des centres de pouvoir et par de profondes divisions politiques, régionales et institutionnelles.
Deuxième hypothèse
La transformation d’Ansar Allah, passé du statut de mouvement armé disposant d’un ancrage géographique limité à celui d’un acteur politique et militaire possédant des instruments de pression à l’échelle régionale, a modifié la nature de la menace dans la perception sécuritaire saoudienne.
Troisième hypothèse
Le camp opposé à Ansar Allah n’a pas été politiquement et stratégiquement unifié. La multiplicité des projets au sein de ce camp a donc réduit la possibilité de convertir les gains militaires en une autorité politique yéménite unifiée.
Quatrième hypothèse
La sortie de l’impasse ne réside ni dans la seule recherche d’une décision militaire ni dans un retrait désordonné. Elle suppose la construction d’une équation combinant dissuasion sécuritaire, désescalade, règlement politique yéménite et garanties relatives à la sécurité frontalière et régionale.
III. Première phase — « Tempête décisive » et la logique de la décision militaire (2015–2016)
Mars 2015 marque le début d’une transformation majeure dans la nature du conflit yéménite : celui-ci passe d’un affrontement interne extrêmement complexe à un conflit comportant des dimensions régionales directes.
Dans sa première phase, l’approche saoudienne reposait sur l’idée qu’une pression militaire intensive pouvait mettre un terme à l’expansion d’Ansar Allah et rétablir l’équilibre au profit du gouvernement internationalement reconnu.
Cette approche s’est toutefois heurtée à un problème structurel : le conflit yéménite était bien plus complexe qu’une confrontation binaire entre un gouvernement et un mouvement insurgé.
Il combinait l’effondrement des structures de l’État, les divisions tribales et régionales, l’héritage des conflits entre le Nord et le Sud, les réseaux de loyauté associés à l’ancien régime ainsi que l’intervention de puissances régionales.
Il est ainsi progressivement apparu que la maîtrise de l’espace aérien et la supériorité technologique ne signifiaient pas nécessairement la maîtrise politique de l’espace yéménite.
IV. D’une guerre supposée courte à une guerre d’usure
À mesure que la guerre se prolongeait, l’écart entre les objectifs politiques et les instruments militaires s’élargissait.
Une campagne aérienne peut détruire des objectifs militaires et affaiblir les capacités matérielles d’un adversaire, mais elle ne peut, à elle seule, reconstruire des institutions, unifier les forces politiques ou résoudre les divisions sociales et régionales.
Dans le même temps, Ansar Allah a réussi à maintenir un centre de pouvoir politique et militaire à Sanaa ainsi que dans de vastes régions du nord du Yémen.
La stratégie saoudienne s’est ainsi trouvée confrontée à un paradoxe fondamental :
plus la guerre se prolongeait, plus les coûts de sa poursuite augmentaient, tandis que le retour à la situation antérieure au conflit devenait de plus en plus difficile.
C’est là l’une des significations fondamentales de la notion d’« impasse stratégique ».
V. Le dilemme des alliances — Arabie saoudite, Émirats arabes unis et forces yéménites
L’alliance saoudo-émiratie constituait un élément essentiel de l’intervention de 2015. Toutefois, Riyad et Abou Dhabi n’ont pas toujours partagé la même vision de l’avenir du Yémen.
L’Arabie saoudite s’est davantage concentrée sur le gouvernement yéménite internationalement reconnu et sur la sécurité de sa frontière méridionale, tandis que les Émirats arabes unis ont développé des relations étroites avec des forces du Sud, au premier rang desquelles figure le Conseil de transition du Sud.
Une difficulté stratégique profonde est alors apparue :
le camp opposé à Ansar Allah était relativement uni dans l’identification de son adversaire, mais il ne l’était pas quant à la forme de l’État qui devait émerger après la guerre.
Le Yémen devait-il rester un État unitaire ?
Devait-il devenir un État fédéral ?
Le Sud devait-il renouer avec un projet de sécession ?
Quelles forces devaient contrôler les institutions militaires et sécuritaires ?
Ces interrogations ont fait apparaître des contradictions au sein même de ce camp. L’Arabie saoudite s’est ainsi trouvée dans l’obligation non seulement d’affronter Ansar Allah, mais aussi de gérer les équilibres et les rivalités entre ses propres alliés.
VI. Ansar Allah : de la guerre territoriale à une stratégie de dissuasion
L’une des transformations stratégiques les plus importantes de la guerre réside dans l’évolution de la nature de la confrontation entre l’Arabie saoudite et Ansar Allah.
Avec le temps, le conflit ne concernait plus uniquement le contrôle de Sanaa, de Marib ou de Hodeïda. Il était également lié à la capacité des parties à transférer le coût de la guerre vers l’espace stratégique de l’adversaire.
Les installations économiques, les frontières, les aéroports, les ports et la navigation maritime ont ainsi acquis une importance croissante.
Du point de vue des théories des relations internationales, cette évolution peut être décrite comme un passage partiel d’une guerre de contrôle territorial à une logique de dissuasion asymétrique.
L’Arabie saoudite dispose d’une supériorité économique, technologique et militaire conventionnelle manifeste, tandis qu’Ansar Allah s’est appuyé sur des instruments relativement moins coûteux susceptibles d’imposer des coûts sécuritaires, économiques et politiques.
Le problème stratégique saoudien ne consistait donc plus seulement à déterminer comment vaincre militairement l’adversaire, mais également comment l’empêcher de conserver durablement la capacité de menacer les intérêts vitaux du Royaume.
VII. La trêve de 2022 : de la décision militaire à l’endiguement
La trêve parrainée par les Nations unies en 2022 a constitué un tournant majeur.
Le niveau des grandes confrontations a diminué, les lignes de front se sont relativement stabilisées pendant une période prolongée et la diplomatie a commencé à jouer un rôle plus important dans la gestion de la crise.
Cette transformation peut être interprétée comme un passage progressif entre plusieurs logiques stratégiques :
décision militaire → guerre d’usure → dissuasion → endiguement → négociation.
La trêve ne constituait cependant pas un accord de paix définitif.
Il convient ici de distinguer méthodologiquement trois notions :
Le cessez-le-feu arrête ou réduit les opérations militaires.
Le règlement politique traite certaines causes du conflit et définit les obligations des parties.
La paix durable, quant à elle, suppose la reconstruction des institutions politiques, économiques et sociales permettant d’empêcher la reproduction de la guerre.
L’accalmie observée sur les fronts après 2022 ne constituait donc pas la preuve de la fin de la crise yéménite.
VIII. La dimension iranienne — de la confrontation indirecte à la désescalade
La stratégie saoudienne au Yémen ne peut être analysée indépendamment des relations saoudo-iraniennes.
Riyad a considéré le développement des relations entre Téhéran et Ansar Allah comme une composante d’un défi sécuritaire régional plus large. De son côté, l’Iran a affirmé son soutien politique à Ansar Allah et, selon plusieurs rapports internationaux, différentes formes de soutien militaire se sont développées au fil des années de conflit.
Le rétablissement des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran en 2023 a cependant constitué une transformation importante de l’environnement régional.
Cette évolution n’a pas résolu le conflit yéménite, mais elle a contribué à créer un environnement plus favorable à la désescalade.
Cette expérience révèle une réalité stratégique importante :
plus le Yémen se transforme en théâtre de confrontation saoudo-iranienne, plus le règlement interne devient difficile ; inversement, plus l’intensité du conflit régional peut être réduite, plus l’espace disponible pour une solution intra-yéménite s’élargit.
IX. La feuille de route et le dilemme de la « paix saoudo-houthie »
À la fin de l’année 2023, les efforts des Nations unies avaient abouti à des engagements portant sur un cessez-le-feu à l’échelle nationale, le paiement des salaires du secteur public, la reprise des exportations de pétrole, l’ouverture des routes, l’assouplissement des restrictions concernant l’aéroport de Sanaa et le port de Hodeïda, ainsi que la préparation d’un processus politique yéménite placé sous l’égide des Nations unies.
Cette évolution soulevait toutefois une question fondamentale :
Un accord entre l’Arabie saoudite et Ansar Allah suffit-il à mettre fin à la guerre au Yémen ?
L’analyse exige ici de distinguer deux niveaux.
Un accord saoudo-houthi peut réduire la dimension régionale de la guerre et traiter les questions relatives aux frontières et aux frappes réciproques.
Il ne peut cependant, à lui seul, résoudre le conflit interne yéménite relatif à la répartition du pouvoir et des richesses, à l’avenir du Sud, à la forme de l’État, à l’intégration des forces armées et aux institutions économiques et sécuritaires.
La paix entre Riyad et Sanaa n’est donc pas nécessairement synonyme de paix à l’intérieur du Yémen.
X. La mer Rouge et la transformation du Yémen en enjeu de sécurité internationale
Depuis la fin de l’année 2023, la crise yéménite a acquis une nouvelle dimension stratégique en raison des attaques contre la navigation en mer Rouge.
Le champ d’influence du conflit yéménite s’est ainsi étendu de la péninsule Arabique à l’une des principales voies maritimes internationales.
L’équation yéménite est désormais liée à une chaîne d’espaces et d’enjeux interdépendants :
Bab el-Mandeb → mer Rouge → canal de Suez → commerce mondial → sécurité énergétique → rivalités régionales et internationales.
Cette évolution a accru la valeur stratégique du Yémen, mais elle a également rendu le règlement du conflit plus complexe, car le nombre d’acteurs dont les intérêts sont désormais liés à son évolution s’est considérablement accru.
XI. L’année 2026 et la recomposition de l’impasse saoudienne
La fin de l’année 2025 et le début de 2026 ont été marqués par d’importantes transformations au sein du camp opposé à Ansar Allah, notamment dans le sud du Yémen.
Ces évolutions ont de nouveau montré que le problème stratégique de l’Arabie saoudite ne concernait pas seulement Ansar Allah, mais également l’avenir de la structure du pouvoir dans les territoires échappant à son contrôle.
La reprise des tensions et des confrontations saoudo-houthies au cours de l’année 2026 a ensuite mis en évidence la fragilité de la désescalade antérieure.
L’une des principales conclusions de cette expérience apparaît alors clairement :
l’absence de guerre généralisée ne signifie pas nécessairement l’existence d’une paix durable.
Une trêve peut geler un conflit ; toutefois, si elle n’évolue pas vers un règlement politique et institutionnel, les causes de la guerre demeurent présentes et susceptibles d’être réactivées lorsque les circonstances régionales se transforment.
XII. Le dilemme du désengagement saoudien
L’impasse saoudienne peut être résumée autour de trois options, chacune comportant ses propres coûts.
1. La poursuite de la confrontation militaire
Elle peut permettre de maintenir la pression et la dissuasion, mais elle ne garantit pas un règlement politique définitif et peut entraîner des coûts croissants.
2. Un retrait rapide et sans conditions
Il réduirait certains coûts liés à l’intervention directe, mais pourrait laisser un vide sécuritaire et politique susceptible de reproduire les sources de la menace.
3. Un désengagement progressif et négocié
Cette option repose sur une réduction de l’engagement militaire parallèlement à la mise en place de dispositifs de sécurité frontalière, de garanties mutuelles et d’un soutien à un processus politique yéménite inclusif.
Du point de vue de la gestion des conflits, la troisième option paraît théoriquement davantage susceptible de répondre aux différentes dimensions de l’impasse. Elle est cependant également la plus complexe, car elle exige simultanément des compromis saoudo-yéménites, intra-yéménites, régionaux et internationaux.
XIII. De la « victoire » au concept de sécurité durable
L’expérience yéménite révèle la nécessité de redéfinir la notion de réussite stratégique.
Le succès ne signifie pas nécessairement qu’une seule partie exerce son contrôle sur l’ensemble du territoire yéménite.
Du point de vue de la sécurité nationale saoudienne, la priorité peut davantage résider dans la prévention des menaces transfrontalières, la protection des installations stratégiques et des voies maritimes, la prévention de la transformation du Yémen en une source permanente d’instabilité, ainsi que dans l’existence d’une autorité ou de mécanismes yéménites capables de gérer les frontières et les conflits internes.
Le critère de réussite passe ainsi de la question :
« Qui a remporté la guerre ? »
à une interrogation plus fondamentale :
« La fin de la guerre a-t-elle produit un environnement sécuritaire plus stable que celui qui la précédait ? »
Conclusion
La période comprise entre 2015 et 2026 montre que l’impasse saoudienne au Yémen ne résulte pas simplement de la difficulté à obtenir une décision militaire définitive, mais de l’interaction d’un ensemble de contradictions structurelles.
L’Arabie saoudite a été confrontée à un adversaire qui a su s’adapter aux conditions d’une guerre asymétrique. Dans le même temps, elle a dû composer avec un camp opposé à Ansar Allah marqué par des divisions internes et des divergences entre différents projets politiques.
Le Yémen s’est par ailleurs progressivement transformé, passant d’un enjeu essentiellement frontalier et sécuritaire pour l’Arabie saoudite à une composante d’un réseau plus vaste de conflits et de rivalités impliquant notamment l’Iran, les États-Unis, la sécurité de la mer Rouge et le commerce international.
Il serait donc méthodologiquement erroné de réduire cette expérience à l’affirmation selon laquelle l’Arabie saoudite aurait « gagné » ou « perdu ».
La question la plus rigoureuse est plutôt la suivante :
Dans quelle mesure la stratégie saoudienne a-t-elle atteint les objectifs politiques et sécuritaires officiellement annoncés, à quel coût et dans quelle mesure les résultats obtenus sont-ils durables ?
L’étude conduit à une conclusion majeure : la supériorité militaire n’est pas synonyme de capacité à produire un ordre politique stable.
De même, sortir de l’impasse ne consiste pas simplement à mettre fin aux opérations militaires. Cela exige de passer d’une stratégie de gestion de la guerre à une stratégie de construction du règlement politique.
Ce règlement devrait reposer sur deux niveaux complémentaires.
Premier niveau : régler la dimension régionale
Il s’agit de garantir la sécurité de l’Arabie saoudite, de réduire les menaces transfrontalières et d’empêcher que le Yémen ne devienne un théâtre permanent des rivalités régionales.
Deuxième niveau : restituer la question à ses principaux acteurs, les Yéménites
Cela suppose la mise en œuvre d’un processus politique inclusif traitant de la forme de l’État, du partage du pouvoir et des richesses, de l’avenir du Sud, de la reconstruction des institutions et des mécanismes d’intégration des forces armées.
L’impasse saoudienne au Yémen peut ainsi être résumée par une équation stratégique :
La décision militaire sans règlement politique ne produit pas la stabilité ;
le retrait sans dispositifs sécuritaires ne produit pas la sécurité ;
et le règlement régional sans réconciliation intra-yéménite ne produit pas une paix durable.
Dès lors, la prochaine phase devrait être étudiée non plus sous l’angle de la question :
« Qui a remporté la guerre au Yémen ? »
mais à partir d’une interrogation scientifiquement plus pertinente :
« Quel ordre politique yéménite et quel système régional sont susceptibles d’empêcher la reproduction de la guerre ? »
Notes documentaires préliminaires
Quatre points devront être solidement établis dans les notes de bas de page lors de la préparation de la version définitive.
Premièrement, l’opération de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a commencé le 26 mars 2015, à la demande du gouvernement de Hadi, tandis que la résolution 2216 du Conseil de sécurité des Nations unies a été adoptée ultérieurement, le 14 avril 2015. Il convient donc de ne pas présenter la résolution 2216 comme une autorisation préalable au lancement de l’opération « Tempête décisive ».
Deuxièmement, les documents de l’Envoyé spécial des Nations unies indiquent que le processus engagé à la fin de l’année 2023 comportait des engagements relatifs à un cessez-le-feu à l’échelle nationale, au paiement des salaires du secteur public, à la reprise des exportations de pétrole, à l’ouverture des routes, à l’assouplissement des restrictions concernant l’aéroport de Sanaa et le port de Hodeïda, ainsi qu’à la mise en œuvre d’un processus politique yéménite sous l’égide des Nations unies. Ils font également clairement référence au rôle de l’Arabie saoudite et du Sultanat d’Oman dans le soutien à ces efforts.
Troisièmement, la sécurité de la mer Rouge est devenue une dimension autonome de l’analyse. L’Organisation maritime internationale a documenté des dizaines d’incidents affectant la navigation depuis la fin de l’année 2023, tandis que la résolution 2722 du Conseil de sécurité a demandé l’arrêt des attaques contre les navires marchands.
Quatrièmement, le dernier chapitre devra être actualisé en fonction des transformations de 2026. Des sources de recherche récentes font état d’un effondrement du contrôle territorial exercé par le Conseil de transition du Sud au début de l’année, du retrait des forces émiraties restantes, puis d’une reprise du conflit entre les Houthis et les forces saoudiennes ou gouvernementales à partir du milieu de l’année 2026.
Ces évolutions font de la période 2015–2026 un cadre analytique plus pertinent que celui qui consisterait à considérer la trêve de 2022 comme la conclusion de la guerre.
Cheikh Chérif MBALLO
Chercheur et auteur
Directeur du Centre islamique de recherche et de documentation (CIRED)
Dakar – Sénégal
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