Un simple communiqué, froid et bureaucratique, prétend aujourd’hui réécrire l’Histoire. Le Jury d’Appel de la CAF a tranché : le Sénégal perd sur tapis vert. Le score homologué est de 3-0. Le trophée doit être restitué.
Face à cette décision, qui confine à l’absurde, le Sénégal ne tremblera pas, ne suppliera pas, et surtout, ne s’abaissera pas.
Messieurs de la CAF, vous pouvez envoyer vos émissaires récupérer l’objet. Vous pouvez effacer une ligne sur votre palmarès officiel. Mais il y a une chose que vous ne pourrez jamais nous reprendre, car elle n’appartient ni à vos règlements, ni à vos bureaux : c’est la Vérité du terrain.
Vous arrivez trop tard. La Coupe est déjà venue chez nous. Elle a déjà fait le tour de nos villes, de nos villages. Nos joueurs ont été célébrés en héros, portés par une marée humaine de Dakar à Ziguinchor, de Thiès à Matam. L’arrêt magistral d’Édouard Mendy, le but de Pape Gueye, la résilience phénoménale de nos Lions face à l’hostilité de Rabat… tout cela a existé. Vous ne pouvez pas désinventer la sueur. Vous ne pouvez pas annuler la joie d’un peuple. Vous ne pouvez pas décréter que ce qui a fait battre le cœur de millions d’Africains n’a jamais eu lieu.
Si votre conception du football se résume à punir ceux qui se lèvent contre l’injustice, alors gardez votre trophée. Il brillera peut-être dans une vitrine, mais il sera à jamais terni par le sceau du déshonneur. Nous préférons être les vainqueurs sans coupe, que les récipiendaires d’une victoire de bureau.
Aujourd’hui, l’heure n’est plus au football.
En cette période de profonde ferveur spirituelle, où nos compatriotes chrétiens marchent vers la lumière de Pâques à l’issue du Carême, et où la Oummah islamique cherche la grâce divine dans les derniers jours bénis du Ramadan, il nous est demandé de nous élever. Le jeûne et la prière nous enseignent le détachement des biens matériels et la quête de l’essentiel.
Et l’essentiel, aujourd’hui, ce n’est pas un bout de métal doré.
L’essentiel, ce sont nos 18 supporters, toujours retenus en otage dans les prisons marocaines.
Il est indécent de débattre d’un palmarès sportif quand des pères de famille, des étudiants et des travailleurs sénégalais dorment en cellule pour avoir simplement manifesté leur passion. La vraie finale, le seul match qui mérite encore d’être joué, c’est celui de leur libération immédiate. C’est là que l’État du Sénégal doit concentrer toutes ses forces et toute sa diplomatie.
Pour nous, la CAN 2025 s’arrête ici.
Il faut savoir tourner les pages, et parfois même, fermer définitivement les livres. Le livre de cette compétition, souillé par l’iniquité, est désormais clos. Nous n’en lirons plus une seule ligne.
Au peuple sénégalais : séchez vos larmes de colère. Soyez fiers. Vous avez été sublimes de dignité. Laissons-les à leurs procédures de papier et retournons à nos véritables batailles. Le Sénégal a un destin à bâtir, et il est infiniment plus grand qu’un terrain de football.
L’Histoire jugera. Nous, nous avançons.
Talla SYLLA
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