La levée de boucliers qui a suivi les déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko lors de sa conférence avec Pascal Boniface laisse un goût amer. Que reproche-t-on exactement au chef du gouvernement sénégalais ? D’avoir osé nommer le réel. En qualifiant Donald Trump d’« homme de déstabilisation » plutôt que de « bâtisseur de paix », en pointant du doigt l’agression injustifiée contre l’Iran et l’exfiltration brutale de présidents en fonction, Ousmane Sonko n’a fait que dresser un constat clinique. Qui, avec un tant soit peu de bonne foi, oserait nier ces évidences ?

On nous rétorque, avec une prudence de sioux, que là n’est pas la question. Que le Sénégal, “petit” par sa géographie, ne peut s’offrir le luxe d’égratigner le mastodonte américain. On accuse Sonko d’outrepasser ses prérogatives face à un Président Bassirou Diomaye Faye étrangement évanescent. Soit. Mais l’argument de la « correction diplomatique » ne résiste pas à l’examen des faits.
Donald Trump est l’incarnation même de la transgression. Des humiliations répétées infligées à ses homologues — de Zelensky à Ramaphosa — aux attaques frisant la cour d’école contre Macron ou Starmer, l’homme ne s’embarrasse d’aucune règle.
Hier encore, il s’en prenait au Pape Léon XIV dans des termes indignes, après le manifeste pacifiste de ce dernier. Comme l’écrivait si justement le romancier Philip Roth, M. Trump n’est pas seulement un politique atypique, il est “un bouffon ignare, une mégalomane à la rhétorique vide, dénué de tout lien avec la réalité, la vérité ou l’éthique.”
Face à un tel personnage qui repousse sans cesse les limites de la décence, le silence est une démission. Certes, la sortie d’Ousmane Sonko peut sembler être un “coup d’épée dans l’eau” sur l’échiquier géopolitique mondial, mais elle a le mérite du courage. Il est salutaire qu’une voix issue de ce que Trump appelait dédaigneusement les « pays de merde » rappelle les puissants à leurs devoirs.
Le véritable malaise ne réside pas dans la virulence de Sonko, mais plutôt dans la candeur déconcertante du Président Bassirou Diomaye Faye. Sa rencontre avec le dirigeant américain a donné lieu à un spectacle de naïveté troublant, allant jusqu’à offrir symboliquement un Prix Nobel sur un plateau d’argent à celui qui s’emploie à fragiliser l’équilibre mondial.
Entre la courtoisie excessive qui frise l’obséquiosité et la franchise brutale qui défend des principes de justice, le choix devrait être évident. Sur ce point, M. Sonko n’a pas seulement parlé pour le Sénégal ; il a parlé pour ceux qui refusent que la force brutale ne devienne l’unique grammaire des relations internationales. En cela, il a tout simplement raison.
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