CONAKRY – L’ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara, Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », s’est éteint ce mercredi 25 mars 2026 à l’hôpital militaire de Conakry. À 57 ans, celui qui fut tour à tour cardiologue, soldat d’élite et prisonnier célèbre emporte avec lui une part des secrets les plus sombres de l’histoire récente guinéenne.
Le destin de Toumba Diakité s’est achevé là où il avait presque commencé : sous le regard des médecins. Selon les autorités, il a succombé à 04h35 des suites d’une hernie étranglée compliquée d’une péritonite aiguë. Une fin solitaire pour cet homme de 57 ans qui, il y a deux décennies, soignait les cœurs au CHU Ignace Deen avant que la force de sa stature ne le pousse vers les rangs de l’armée en 1993.
De la blouse blanche au treillis de combat
Rien ne prédestinait ce médecin interne à devenir l’homme le plus craint de Guinée. Formé comme ranger par des instructeurs américains, Toumba s’aguerrit aux frontières libériennes avant de basculer dans l’arène politique la nuit du 22 décembre 2008. Ce soir-là, à la mort de Lansana Conté, il installe Moussa Dadis Camara au pouvoir. Il devient son aide de camp, son ombre, et bientôt, son bras armé.
Le traumatisme du 28 septembre
Le nom de Toumba restera à jamais lié au massacre du stade de Conakry en 2009. Accusé d’être le cerveau de la répression qui fit plus de 150 morts, il a toujours clamé n’avoir voulu que protéger les leaders politiques. Sa rupture sanglante avec Dadis Camara — sur qui il tire le 3 décembre 2009 — ouvre une cavale de sept ans qui s’achèvera à Dakar en 2016.
Le “show” Toumba : du box des accusés à la sympathie populaire
C’est lors du procès historique ouvert en 2022 que le mythe Toumba prend une dimension inédite. Devant le tribunal de Dixinn, l’homme terrifiant s’efface derrière un orateur disert, citant le Coran et déstabilisant ses co-accusés. Cette métamorphose opère : en 2022, il est élu « personnalité de l’année » par un média privé, malgré la gravité des charges.
Condamné en juillet 2024 à dix ans de réclusion pour crimes contre l’humanité, il n’avait jamais renoncé à l’action, tentant même de briguer la présidence depuis sa cellule avant que sa candidature ne soit rejetée.
Une disparition qui clôt un chapitre
Sa mort intervient deux mois après celle du colonel Claude Pivi, un autre grand condamné du procès de 2009. Avec la disparition de Toumba Diakité, la Guinée perd l’un des témoins clés d’une tragédie nationale. Sa famille, qui réclamait une “preuve de vie” quelques heures avant l’annonce officielle, pleure aujourd’hui un homme dont la vie fut un paradoxe permanent : celui d’un soignant devenu l’acteur d’un drame dont le pays peine encore à guérir.
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