Le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a déclaré le Sénégal perdant pour un prétendu forfait… dont il semble être le seul à constater l’existence. Une décision d’une gravité exceptionnelle, prise avec un aplomb qui interroge, tant ses auteurs paraissent en ignorer ou en sous-estimer les conséquences.
Il n’est nul besoin d’être juriste pour comprendre qu’un match arrivé à son terme ne saurait être assimilé à un forfait. Certes, la rencontre a connu une interruption, mais elle a bel et bien repris jusqu’à son terme. Dès lors, sur quelle base juridique sérieuse repose une telle décision ?
Sur le plan sportif, il est vrai que le coach n’aurait jamais dû demander à ses joueurs de rejoindre les vestiaires. Mais ii s’est repris et les joueurs ont rejoint l’aire de jeu. Cet élément ne saurait occulter une réalité tout aussi troublante : l’arbitrage. Le directeur de la partie, pour sa première Coupe d’Afrique des Nations, a multiplié les décisions controversées : distribution déséquilibrée de cartons jaunes à l’encontre des Lions, refus d’un but pourtant valable, puis un penalty décisif accordé dans des conditions discutables.
Fait encore plus troublant : cet arbitre a été désigné pour diriger deux rencontres impliquant le Maroc : le match d’ouverture et la finale avec, à chaque fois, un penalty sifflé en faveur du pays hôte. Un enchaînement qui, aujourd’hui, ne semble susciter ni débat ni remise en question.
Dès lors, au lieu d’un simple forfait, la décision du jury d’appel de la CAF s’apparente davantage à une forfaiture. Car au-delà du cas d’espèce, c’est la crédibilité même de l’institution qui est mise en cause. La confiance que les acteurs du football africain placent en elle n’a, à l’évidence, pas été honorée. Pour quelles raisons ? Avec quelles motivations ?
Certains y voient une manière d’offrir au Maroc et au président de sa fédération un genre de baroud d’honneur. Il ne saurait être que cela car sur le plan du droit, de nombreux spécialistes peinent à imaginer que cette décision puisse résister à l’examen du Tribunal arbitral du sport (TAS).
Le journaliste français Vincent Duluc, dans les colonnes du quotidien L’Équipe du jeudi 19 mars, résume parfaitement l’ampleur du précédent créé :
« Cela n’était jamais arrivé dans l’histoire de la Coupe du monde, de l’Euro ou de la Copa America. Mais la CAF l’a fait. En choisissant de revenir sur un résultat, elle a abîmé une image et une compétition. »
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis quelque temps, la CAF s’est engagée sur une pente inquiétante. Arbitrage contesté, processus électoraux sujets à caution, choix discutables dans la désignation de ses représentants au sein du comité exécutif de la FIFA… Les signaux d’alerte se multiplient.
La liste des griefs est longue, et la défiance grandissante. Cette décision du jury d’appel pourrait bien être la goutte d’eau de trop.
Le football africain mérite mieux. Il a besoin d’une instance dirigeante plus indépendante, plus transparente, et surtout plus respectueuse des règles qu’elle est censée faire appliquer.
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