Dans ce Sénégal où certains transforment chaque virgule de la Constitution en bataille rangée et chaque disposition juridique en combat de lutte sans frappe, l’éclairage de Me Demba Ciré Bathily arrive comme une douche froide sur les têtes surchauffées des fabricants de polémiques professionnelles.
Depuis l’annonce de la fin des fonctions de Premier ministre d’Ousmane Sonko, une étrange armée de constitutionnalistes de circonstance est sortie des buvettes politiques, des plateaux de télévision et des réseaux sociaux. Chacun brandissait sa propre Constitution, sa propre jurisprudence et parfois même son propre dictionnaire juridique. Une véritable foire aux interprétations où le droit était devenu l’otage des passions partisanes.
Et voilà qu’arrive Me Demba Ciré Bathily.
Pas avec des slogans. Pas avec des cris. Pas avec des postures de militant. Mais avec ce qui manque souvent dans le débat public sénégalais : les textes.
Son raisonnement est d’une simplicité déconcertante. Une simplicité qui dérange d’ailleurs ceux qui prospèrent dans le brouillard. Car lorsque l’article 56 de la Constitution parle d’incompatibilité entre les fonctions ministérielles et le mandat parlementaire, il ne parle pas de disparition du mandat. Il parle de suspension. Et une suspension n’est pas une démission.
C’est pourtant cette confusion volontaire que certains tentent d’inoculer dans l’esprit des Sénégalais comme un virus politique.
À les entendre, un député devenu ministre aurait définitivement abandonné son siège. Une thèse aussi solide qu’une case construite en sucre sous la pluie.
Me Bathily rappelle alors une vérité fondamentale que beaucoup semblent avoir oubliée : en droit, les mots ont un sens. Et surtout, les actes ont plus de valeur que les déclarations médiatiques.
Pendant que certains s’accrochent à une phrase prononcée devant des journalistes en décembre 2024, l’avocat rappelle calmement que le document officiel déposé à l’Assemblée nationale parle de suspension et non de démission.
Voilà toute la différence entre le droit et le folklore politique.
Le droit lit les documents. La propagande écoute les rumeurs.Le droit consulte les textes.
La polémique consulte les émotions. Le droit recherche les preuves. Les kulunas du commentaire politique recherchent les tendances Facebook.
Et c’est là que le texte de Me Bathily devient particulièrement dévastateur. Parce qu’il ne cherche pas à défendre un homme. Il défend un principe. Celui de la hiérarchie des normes et de la sécurité juridique.
Car si demain une déclaration improvisée devant un micro pouvait annuler un acte administratif régulièrement enregistré, alors autant transformer les conférences de presse en tribunaux et les réseaux sociaux en Journal officiel de la République.
La démonstration est implacable.
Le mandat de député de Sonko a été suspendu.
La cause de la suspension était sa fonction de Premier ministre.
La fonction a pris fin le 22 mai 2026.
La suspension disparaît donc automatiquement.
Fin du débat.
Le reste n’est que littérature politique.
Certains invoquent même la loi organique du 27 juin 2025 comme un magicien sort un lapin de son chapeau. Là encore, Me Bathily rappelle une règle élémentaire enseignée dès les premières années de droit : la non-rétroactivité de la loi.
On ne change pas les règles du match après le coup de sifflet.
On ne modifie pas les conséquences d’un acte juridique accompli sous l’empire d’une législation antérieure.
Mais visiblement, pour certains, le droit devrait fonctionner comme les résultats sportifs : on recompte les buts jusqu’à obtenir le score souhaité.
Au fond, ce texte de Me Demba Ciré Bathily est plus qu’une consultation juridique. C’est une leçon de méthode dans une époque où les certitudes bruyantes remplacent souvent les connaissances solides.
Il rappelle que l’État de droit ne se construit pas à coups de hashtags, de communiqués incendiaires ou de débats hystériques. Il se construit dans le respect des textes, même lorsqu’ils ne confortent pas nos préférences politiques.
Et pendant que certains continuent de labourer les champs de la confusion pour récolter quelques dividendes politiques, Me Bathily a choisi le terrain moins spectaculaire mais infiniment plus utile : celui du droit.
Un terrain où les passions crient, mais où les textes décident.
Et visiblement, les textes ont déjà rendu leur verdict.
Malick BA
Lien du texte de Me Demba Ciré Bathily
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Cet article Quand le droit gifle la propagande : Me Demba Ciré Bathily renvoie les marchands de confusion à leurs copies (Par Malick BA) est apparu en premier sur KEWOULO.