​Restructurer la dette du Sénégal : La ligne rouge que Sonko refuse de franchir ! ( Par Ibrahima DIOP) 

  

Hier, lors de sa déclaration à la presse, le président de notre Parti Ousmane Sonko a levé un coin du voile sur les véritables raisons de son désaccord avec le Président Bassirou Diomaye Faye. Parmi les points de divergence évoqués figure une question majeure, probablement la plus importante pour l’avenir économique du Sénégal : Une éventuelle restructuration de la dette publique.

Dans ce contexte, les sénégalais doivent mesurer la gravité de ce qui se joue actuellement. Car derrière ce terme technique se cache un choix politique fondamental qui pourrait engager notre pays pour de nombreuses années. Une restructuration de la dette n’est pas un simple ajustement comptable. C’est la reconnaissance par un État notamment notre pays qu’il n’est plus en mesure d’honorer ses engagements dans les conditions prévues et qu’il doit négocier avec ses créanciers de nouvelles modalités de remboursement.

Certains technocrates présentent cette option comme une solution pragmatique. Pourtant, partout où elle a été appliquée, elle s’est accompagnée de sacrifices imposés aux populations: Réduction des dépenses publiques, gel des recrutements, diminution des subventions, hausse des taxes, limitation des investissements sociaux : voilà le véritable visage des programmes qui accompagnent généralement les restructurations soutenues par le FMI.

L’exemple de la Zambie est particulièrement révélateur. Après avoir restructuré sa dette sous l’encadrement du FMI, le pays a obtenu un allègement temporaire de ses remboursements, mais au prix d’ajustements budgétaires douloureux. Derrière les chiffres et les tableaux financiers, ce sont les citoyens ordinaires qui ont payé la facture : coût de la vie plus élevé, services publics fragilisés et ralentissement des investissements sociaux.

Certes, la situation financière du Sénégal est certes préoccupante. Les audits réalisés après l’alternance ont révélé des niveaux d’endettement bien supérieurs à ceux qui avaient été présentés aux sénégalais. Le ratio dette/PIB, annoncé autour de 74 % en 2023, a été réévalué à près de 100 %, tandis que certaines estimations du FMI évoquent un niveau pouvant atteindre 132 % du PIB en intégrant l’ensemble des engagements non déclarés. Personne ne peut nier la gravité de ces chiffres. Mais un diagnostic sérieux impose de distinguer un problème de solvabilité d’un problème de liquidité. Un pays est insolvable lorsqu’il n’a plus les capacités de créer suffisamment de richesses pour rembourser sa dette. Or ce n’est pas le cas du Sénégal, qui dispose aujourd’hui de ressources stratégiques importantes, notamment grâce au pétrole et au gaz, ainsi que d’un potentiel économique considérable.

C’est précisément sur cette analyse que reposait la position défendue par notre leader Ousmane Sonko. Il ne s’agissait pas de nier la réalité de la dette, mais de refuser qu’une difficulté de trésorerie temporaire serve de prétexte à un abandon de souveraineté économique. Sa stratégie était claire : renforcer la mobilisation fiscale, lutter contre les fuites de ressources publiques, rationaliser les dépenses de l’État, soutenir la production nationale et utiliser les revenus futurs des hydrocarbures pour rétablir progressivement les équilibres budgétaires.

L’arrivée d’Ahmadou Al Aminou Lo à la Primature est perçue par beaucoup comme un signal adressé aux partenaires financiers internationaux. Technocrate reconnu et apprécié dans les cercles économiques, il incarne une approche davantage tournée vers les recettes classiques des institutions financières internationales. Son profil rassure les marchés. Mais la question demeure : ce qui rassure les marchés rassure-t-il nécessairement les sénégalais ?

Le débat qui s’ouvre aujourd’hui dépasse largement les personnes. Il oppose deux visions du développement. D’un côté, une vision souverainiste qui privilégie la création de richesse nationale et la maîtrise du destin économique du pays. De l’autre, une vision technocratique qui considère que la crédibilité auprès des bailleurs internationaux constitue la priorité absolue.

Si la restructuration de la dette devient effectivement l’option retenue, alors les sénégalais devront savoir ce qu’elle implique réellement : un panier de la ménagère plus lourd à porter, moins de marges pour recruter des enseignants, des infirmiers et des fonctionnaires, et davantage de contraintes imposées à notre politique économique. C’est précisément pour éviter ce scénario qu’Ousmane Sonko a choisi de tenir bon.

Si notre leader Ousmane SONKO a effectivement refusé d’accompagner une restructuration de la dette, alors son désaccord ne relève ni d’un conflit d’ego ni d’une divergence secondaire. Il s’agit d’une différence fondamentale sur l’avenir du Sénégal. Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui feraient payer aux ménages sénégalais les conséquences d’erreurs dont ils ne sont pas responsables.

Ibrahima DIOP
Professeur certifié de classe normale (Economie- Gestion : option comptabilité et finance) au Lycée Général et Technologique Mélinée et Missak Manouchian à Nice
Coordinateur de la Section de Pastef Nice Côte d’azur
Ibrahima.Diop@ac-nice.fr
Ibrahima.Diop@ac-aix-marseille.fr

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