Pendant que Tabaski Ngom dort en prison depuis plus de 500 jours, Moustapha Diop retrouve peu à peu son souffle. En moins de vingt-quatre heures, l’ancien ministre a obtenu deux décisions favorables de la justice. De quoi faire jubiler ses soutiens. Mais du côté de la défense de l’ancienne comptable de l’APROSI, c’est la colère froide.
Car une question revient avec insistance : comment celui que Tabaski Ngom présente comme le véritable bénéficiaire des fonds litigieux peut-il retrouver la liberté alors qu’aucune confrontation n’a encore eu lieu entre les deux principaux protagonistes du dossier ? Depuis le début de cette affaire qui porte sur plus de 700 millions de FCFA, deux versions s’affrontent. D’un côté, les enquêteurs décrivent un vaste système de détournement de deniers publics dans lequel Tabaski Ngom aurait joué un rôle central. De l’autre, l’ancienne comptable soutient qu’elle a été manipulée par un homme plus puissant qu’elle : son ancien ministre de tutelle, Moustapha Diop. Et c’est précisément sur ce point que les avocats de Tabaski Ngom montent au créneau.
Le grand absent de l’instruction ?
Pour Me Ndèye Fatou Touré et ses confrères, il existe un paradoxe difficile à comprendre. Tabaski Ngom est en prison depuis janvier 2025. Elle a été entendue à plusieurs reprises. Elle a multiplié les déclarations mettant en cause Moustapha Diop. Elle a déposé des plaintes contre lui. Elle a demandé une confrontation. Mais jusqu’ici, aucune de ces demandes n’a abouti.
Pire, selon la défense, les magistrats ont rejeté la requête introduite le 6 mai 2026 pour obtenir des actes complémentaires d’instruction, notamment une confrontation directe entre les deux protagonistes ainsi que l’exploitation de données téléphoniques susceptibles d’éclairer leurs relations. Une décision qui laisse les avocats sans voix. « Comment rechercher la vérité sans confronter les personnes qui se contredisent depuis le premier jour? », s’interroge un membre du collectif.
Les plaintes de Tabaski Ngom ont-elles été enterrées ?
C’est probablement la question la plus embarrassante du dossier. Selon ses conseils, Tabaski Ngom n’a pas attendu d’être mise en cause pour passer à l’offensive. Très tôt, elle a déposé une plainte visant exclusivement Moustapha Diop.
Puis une seconde.
Pourtant, à ce jour, aucune information n’a filtré sur le traitement réservé à ces procédures. « Qu’est devenue cette plainte ? », lance Me Ndèye Fatou Touré. Une interrogation lourde de sens dans un dossier où chaque décision judiciaire est désormais scrutée à la loupe.
Deux libertés en vingt-quatre heures
Les faits, eux, sont têtus. Dans le dossier Force Covid-19, Moustapha Diop a obtenu une liberté provisoire après avoir consigné 120 millions de FCFA. Dans le dossier APROSI, la Chambre d’accusation financière a infirmé la décision des juges d’instruction qui refusaient jusque-là sa remise en liberté. Résultat : l’ancien ministre porte désormais un bracelet électronique mais retrouve sa famille. Pendant ce temps, Tabaski Ngom reste derrière les barreaux. De quoi alimenter les interrogations. D’autant que plusieurs personnes citées dans le dossier ont déjà obtenu leur liberté après consignation de cautions importantes.
Ce que pourrait révéler une confrontation
Depuis des mois, Moustapha Diop nie tout. Il conteste avoir reçu le moindre franc provenant des décaissements litigieux. Il conteste également les accusations portant sur une éventuelle proximité particulière avec l’ancienne comptable. Tabaski Ngom affirme exactement le contraire. Selon sa version, l’argent ne lui était pas destiné. Il était remis à d’autres personnes ou récupéré par des intermédiaires agissant pour le compte de l’ancien ministre.
Qui dit vrai ?
C’est précisément ce que devrait permettre de déterminer une confrontation judiciaire.
Encore faudrait-il qu’elle ait lieu.
Une instruction sous pression
À mesure que le dossier avance, la défense de Tabaski Ngom redoute un scénario : celui d’une clôture de l’information judiciaire sans que certaines zones d’ombre n’aient été explorées. Les avocats dénoncent déjà un déséquilibre dans le traitement des demandes formulées par les différentes parties. Ils annoncent avoir engagé une nouvelle bataille devant la Cour d’appel. Une chose est certaine : tant que Moustapha Diop et Tabaski Ngom ne seront pas placés face à face devant un magistrat, les interrogations continueront de planer sur l’un des dossiers financiers les plus explosifs de ces dernières années. Et plus le temps passe, plus une question dérange : qui a réellement profité des 700 millions de francs CFA sortis des caisses publiques ?
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