L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) vient de publier les comptes nationaux provisoires pour l’année 2024, affichant un taux de croissance du PIB de 6,3 %, contre 3,7 % en 2023. À première vue, ce bond spectaculaire de près de trois points de pourcentage témoigne d’une économie en pleine santé. Pourtant, l’analyse détaillée des chiffres révèle un arbre qui cache la forêt. Ce dynamisme est presque exclusivement porté par le démarrage tant attendu de l’extraction de pétrole brut sur le champ de Sangomar, qui a débuté en juin 2024.
Dès que l’on extrait l’or noir de l’équation, le paysage économique sénégalais s’avère beaucoup plus terne. La croissance hors pétrole s’établit en effet à un modeste 3,3 % en 2024, marquant un léger recul par rapport au taux de 3,6 % enregistré en 2023. Cette déconnexion met en lumière la forte dépendance du pays vis-à-vis de son nouveau secteur extractif pour doper ses statistiques globales, alors même que le tissu économique traditionnel montre des signes d’essoufflement. Les tensions géopolitiques internationales, le changement climatique ayant malmené le secteur agricole, et les incertitudes de la période préélectorale du début de l’année 2026 ont lourdement pesé sur les investissements et le rythme général des affaires. Cette croissance à double vitesse pose un défi de taille aux décideurs politiques : comment traduire la manne pétrolière en une prospérité inclusive qui profite aux secteurs d’activité du quotidien.
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