Officiellement, il a sillonné l’Afrique pour vendre sa candidature au poste de Secrétaire général de l’ONU. Officieusement, l’ancien président sénégalais est accusé de faire la promotion d’intérêts privés liés à son entourage familial et à de puissants réseaux d’affaires. Entre jet privé d’un homme d’affaires sous enquête, contrats controversés et lobbying assumé, la tournée africaine de Macky Sall soulève de sérieuses interrogations.
Une campagne onusienne à bord d’un jet controversé
De Dakar à Abidjan, en passant par Bamako, Nairobi ou Accra, Macky Sall a enchaîné les rencontres diplomatiques. Mais derrière l’image du candidat africain à la tête des Nations Unies, certains observateurs pointent une proximité troublante avec le groupe Porteo et son patron, Hassan Dahkhalla.
Selon plusieurs sources, l’ancien chef de l’État effectue ses déplacements à bord du jet privé du magnat ivoirien du BTP. Plus encore, un proche collaborateur de Dahkhalla serait présent à chacune des étapes de cette tournée continentale.
Une situation d’autant plus délicate que le patron de Porteo ferait l’objet d’investigations du Parquet national financier français dans un dossier portant sur de présumés faits de corruption d’agents publics étrangers. Une affaire qui jette une ombre sur cette campagne diplomatique aux contours parfois flous.
Polytech : quand la diplomatie rencontre les affaires familiales
Autre dossier sensible : celui du monitoring des jeux de hasard.
Lors de ses déplacements, Macky Sall serait également présenté comme un soutien actif de Polytech, société associée à Abel Sy et à son fils, Amadou Sall.
Pour convaincre plusieurs États africains, l’ancien président mettrait en avant l’expérience acquise au Sénégal et au Mali à travers AFITECH. Sauf que cette success-story affichée comporte plusieurs zones grises.
D’abord, AFITECH ne disposait pas de sa propre technologie et exploitait une plateforme développée par la société française Sharp Vision. Ensuite, au Sénégal, le contrat qui liait l’entreprise à la LONASE a été annulé à l’issue d’une longue bataille administrative et judiciaire, conclue par une décision favorable à la société nationale.
Le Mali, une bombe à retardement
Si le contrat malien est toujours actif, la contestation gagne du terrain.
Plusieurs opérateurs dénoncent des commissions jugées excessives et un système devenu financièrement étouffant. Dans un contexte de souverainisme économique affirmé par les autorités de transition, certains s’interrogent également sur la dépendance persistante à une technologie française utilisée pour piloter un secteur aussi sensible que celui des jeux.
Pour de nombreux observateurs, une remise à plat du contrat n’est désormais plus à exclure.
Côte d’Ivoire : le crash silencieux de Polytech
C’est pourtant en Côte d’Ivoire que le dossier prend une dimension encore plus embarrassante.
Bénéficiant d’un arbitrage au plus haut sommet de l’État, Polytech a obtenu le marché du monitoring des jeux. Mais contrairement à AFITECH, l’entreprise a choisi de déployer sa propre plateforme technologique.
Le résultat serait catastrophique.
Prévu pour entrer en service depuis plusieurs mois, le système ne fonctionnerait toujours pas correctement. Les opérateurs ne seraient pas connectés et l’outil resterait incapable d’assurer pleinement les missions de supervision pour lesquelles il a été conçu.
Face à cette situation, la LONACI aurait pris les devants en confiant la gestion des flux financiers à PayMeTrust afin d’éviter une paralysie du secteur.
Conséquence : pendant que les transactions continuent d’être sécurisées par un tiers, la plateforme de Polytech demeurerait largement inopérante.
Un silence qui interroge
Malgré les critiques, les opérateurs continuent de s’acquitter de redevances importantes pour un service dont l’efficacité est contestée. À Abidjan comme ailleurs, rares sont ceux qui osent publiquement remettre en cause ce dossier, tant les ramifications politiques semblent importantes.
Pendant ce temps, Macky Sall poursuit sa tournée africaine pour promouvoir sa candidature à l’ONU. Une campagne internationale qui, au fil des étapes, ressemble de plus en plus à un mélange explosif de diplomatie, d’affaires et d’intérêts familiaux.
Au moment où le Sénégal multiplie les appels à la reddition des comptes, certains observateurs estiment que l’ancien président a trouvé un nouveau terrain de jeu : celui où l’influence politique se transforme en levier économique. Reste à savoir jusqu’où cette stratégie pourra prospérer sans provoquer de nouvelles turbulences.
Avec Modou Ndiaye, Journaliste d’Investigation
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