​Commissions d’enquête parlementaires : Contrôler n’est pas juger (Par Aboubakr Bengelloun) 

  

Saluons d’abord ce qui mérite de l’être. Pour une fois, l’Assemblée nationale utilise son pouvoir d’enquête. Six commissions ont été validées en juillet 2026, dont celle sur le programme « Un étudiant, un ordinateur ».

Rendre les gouvernants comptables de l’argent public, c’est le cœur de la République.

Comme l’a rappelé Selly Ba, sociologue, membre de Sursaut citoyen, encore faut-il un suivi rigoureux et la publication des conclusions.

Mais une bonne institution peut être mal utilisée.
Trois dérives doivent nous inquiéter.

LE CONTRÔLE TRANSFORMÉ EN SPECTACLE

Les auditions ont été retransmises en direct, alors que ces travaux se tiennent normalement à huis clos.

Une audition n’est pas un procès, et les personnes entendues ne sont pas des accusés. Exposées sans vrai contradictoire, elles sont jugées par l’image.

La présomption d’innocence ne survit pas longtemps à un extrait de trente secondes sur les réseaux.

LA CONFUSION DES RÔLES

Le Parlement contrôle les politiques publiques : leur conception, leurs dépenses, leurs procédures. Il ne désigne pas les coupables.

Établir des responsabilités pénales revient à la justice, et à elle seule.
Ce n’est pas un détail juridique, c’est la séparation des pouvoirs.

Un député qui se prend pour un procureur affaiblit à la fois la justice et le Parlement.

LE RÈGLEMENT DE COMPTES

Ousmane Sonko préside l’Assemblée.
Le président Diomaye Faye a créé sa propre formation.
Et cinq des six commissions ont été initiées par le Pastef.
Hier, ces députés votaient comme un seul homme derrière le gouvernement.

Aujourd’hui, ils enquêtent sur lui. Le vrai test est simple : enquêteront-ils avec la même rigueur sur leurs partisans ?

Dans le dossier « Un étudiant, un ordinateur », un ancien ministre de tutelle est aujourd’hui vice-président du Pastef et conseiller du président de l’Assemblée.

Un contrôle qui épargne les siens et accable les autres n’est plus un contrôle : c’est une arme.

Aboubakr Bengelloun
Pdt de l’association ARTICLE 25

 

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