​Réponse à Monsieur Amadou BA, ancien Premier ministre (Par Jean Pierre COLY) 

  

Suite à l’audience qui lui a été accordée au palais de la république, Monsieur Amadou BA dit avoir rappelé au Président de la République Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, qu’il est resté pendant près de six (06) ans Ministre chargé des finances « sans recevoir un seul franc du Fonds monétaire international (FMI) ». Il a également affirmé que le « Sénégal est resté douze (12) ans sans avoir un programme avec des décaissements ».

Il est important de souligner qu’un acteur politique qui aspire à gouverner un Etat, ne doit pas avoir des rapports conflictuels avec la vérité. Il ne doit pas non plus chercher à manipuler ses concitoyens.

Inutile de rappeler que le FMI accompagne essentiellement ses pays membres à travers des programmes. Il ne s’agit pratiquement pas pour le Fonds de faire des décaissements directement au profit des pays bénéficiaires. Le FMI met en place des mécanismes de soutien et de veille qui leur permettent de pouvoir lever des financements auprès de partenaires multilatéraux (Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque européenne d’investissement …) et bilatéraux (France, Chine, Belgique…).

A titre d’exemple, pendant que Monsieur Amadou BA était Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan (2 septembre 2013 – 5 avril 2019), le Sénégal a bénéficié du programme du FMI appuyé par l’Instrument de soutien à la politique économique (ISPE) et qui a démarré en 2014. En septembre 2015, une mission du Fonds a procédé, avec l’Etat du Sénégal, à la première revue dudit programme.

Le Rapport du FMI n° 16/3 de janvier 2016, rédigé à la fin de la revue sur la base des informations communiquées par les autorités sénégalaises (Monsieur A. BA étant parmi les responsables que la mission a rencontrés), permet de percevoir une manipulation de nos données macroéconomiques par l’ancien régime.

En effet, la revue a retenu, entre autres conclusions, que :

•⁠ ⁠jusqu’en octobre 2015, les résultats du programmes pour le Sénégal sont satisfaisants et que les critères d’évaluation sont globalement respectés ;
•⁠ ⁠le gouvernement maitrise progressivement le déficit budgétaire projeté à 4,8% du produit intérieur brut (PIB) pour 2015 avec un engagement à le ramener à 4,2% en 2016 et 3% en 2018 pour respecter le critère de convergence de l’UEMOA ;
•⁠ ⁠le risque de surendettement est toujours faible avec une projection du niveau de la dette publique à 54,4% du PIB en 2015.

Et, dans sa lettre d’intention du 24 novembre 2015 adressée au FMI, Monsieur Amadou BA a assuré que le gouvernement du Sénégal s’engage d’une part à réaliser les objectifs du programme et, d’autre part, à communiquer au Fonds toutes informations y afférentes.

Tenant compte des conclusions de la revue et des engagements pris par l’Etat, le FMI a octroyé au Sénégal 204,1 millions de DTS (droits de tirages spéciaux) qui lui ont permis de lever environ 285 millions de dollars US soit environ 160 milliards de francs CFA. Le Fonds a indiqué avoir autorisé cette opération pour soutenir les efforts de relance économique du pays face aux effets de la pandémie COVID-19 et de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Ma conviction est que Monsieur Amadou BA est l’un des principaux responsables de la situation périlleuse de surendettement que connait le Sénégal. En s’appuyant sur des chiffres volontairement erronés, ils ont fini par plonger le pays dans un gouffre avec une dette publique qui a atteint 120% du PIB en 2023. Monsieur BA devrait plutôt expliquer au Président de la République pourquoi ils n’ont pas su s’arrêter.

En 2019 déjà lors de la campagne présidentielle, le Président Ousmane SONKO avait alerté sur la manipulation des données financières et sur une tendance abusive du gouvernement à recourir à l’endettement notamment auprès de guichets non concessionnels. Il avait spécifiquement averti que si ces pratiques persistent, le Président qui sera élu en 2024, qui qu’il soit, sera confronté à la situation que nous connaissons aujourd’hui et qu’il risquera de consacrer tout son mandat à rembourser la dette.

Jean Pierre COLY
Administrateur civil
Membre du MONCAP

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